Les jeux vidéo et les mécanismes qui les rendent addictifs

Dernière mise à jour : 30 mai




La grande majorité des adolescents consacrent une bonne partie de leur temps libre aux jeux vidéo. Cependant, pour certains d'entre eux, ce qui semble être un loisir innocent peut se transformer en dépendance, voire en trouble du jeux vidéo avec un diagnostic clinique.


Très rapidement, ils négligent leurs amis, leur famille, l'école et parfois même leur propre hygiène, car ils passent presque tout leur temps libre à jouer.


Mais qu'est-ce qui rend un jeu addictif ? Existe-t-il certaines caractéristiques qui rendent certains jeux plus addictifs que d'autres ? Pourquoi certains adolescents sont-ils plus sensibles que d'autres à ce type de dépendance ?


La conception des jeux


Tout d'abord, les jeux vidéo sont conçus pour créer une dépendance. Les concepteurs de jeux sont toujours à la recherche de moyens de rendre leurs jeux plus intéressants afin d'augmenter le temps que les gens passent à y jouer et donc monétiser au maximum. C'est particulièrement vrai pour les concepteurs de jeux dont le modèle économique repose sur les achats « in-game », les micro-transactions.


Globalement accompagnés par des psychologues/comportementalistes, les concepteurs de jeux tentent de répondre à la question "Qu'est-ce qui rend un jeu vidéo « engageants »

(« addictif ") ?. Ils veulent que vous - une fois que vous vous connectez ou que vous prenez la manette - ne vouliez pas arrêter de jouer.


Cela ne signifie pas que les concepteurs de jeux nourrissent l'intention malveillante d'accrocher une nouvelle génération de jeunes aux jeux vidéo. Mais ce qui commence comme une évasion immersive peut, pour certains, passer d'une forme de divertissement inoffensive à une dépendance plus dévorante.


Les jeux qui accrochent les joueurs sont souvent conçus pour être juste assez difficiles pour représenter un véritable défi, tout en permettant aux joueurs d'accomplir de petits exploits qui les incitent à continuer à jouer. À cet égard, la conception des jeux vidéo est similaire à celle des casinos, qui permettent aux joueurs d'obtenir de petits "gains" qui les incitent à continuer à jouer. Les jeux comblent notre besoin d’accomplissement.


Les facteurs qui augmentent la dépendance aux jeux vidéo


Il existe plusieurs " pièges " qui sont intégrés dans les jeux dans le but de les rendre " addictifs " :


Le meilleur score

Le meilleur score ou le pourcentage d'achèvement est l'une des accroches les plus facilement reconnaissables. Essayer de battre le meilleur score (même si le joueur essaie de battre son propre score) peut tenir un joueur en haleine pendant des heures.


Battre son rival

De plus en plus de joueurs s'affrontent avec ou contre des amis et d'autres joueurs du monde entier via Internet. Certains jeux impliquent la formation de clans pour affronter d'autres groupes de joueurs, tandis que d'autres utilisent le format de "batailles" du dernier homme debout, le plus connu étant Fortnite Battle Royale. Dans ce cas, l'objectif peut être de grimper dans le classement ou de se vanter auprès de ses amis.


Battre le jeu

Cette « accroche » se retrouve dans presque tous les systèmes de jeu. Le désir de battre le jeu est alimenté par le fait que le joueur "monte en niveau" ou trouve le prochain indice caché.


Jeux de rôle

Les jeux de rôle permettent aux joueurs de faire plus que jouer : ils peuvent créer les personnages du jeu et se lancer dans une aventure qui leur est propre. Il y a donc un attachement émotionnel au personnage et donc plus de difficulté à se défaire de son avatar.


La découverte

La tactique d'exploration ou de découverte est le plus souvent utilisée dans les jeux de rôle est peut-être le facteur le plus captivant. Les jeux évoluent en permanence avec de nouveau « Saisons », « Chapitres » et paysages à découvrir.

Les relations

Les jeux de rôle en ligne permettent aux joueurs de nouer des relations avec d'autres joueurs. Pour certains, cette communauté en ligne devient le lieu où ils sont le plus acceptés, ce qui les attire encore et encore.


L’effet de quasi-gains (checkpoints)

Lorsqu’un joueur se rapproche de son objectif, mais le rate, il continue d’essayer jusqu’à ce qu’il l’obtienne. Cependant, le joueur risque de se s’ennuyer, donc de se désengager s’il doit recommencer dès le début ! C’est pourquoi les développeurs ont créé des Checkpoints (points de contrôle). Ainsi, le joueur peut recommencer à partir de ce « point de contrôle » sans retourner au case 0. Les jeux sont habilement construits pour garder les joueurs le plus longtemps dans le jeu mais sans risquer qu’ils s’en lassent !


Ratio et intervalle variable de récompenses

Notre cerveau réagit fortement aux récompenses inattendues. Les « récompenses variables intermittentes » (l’expriment du Skinner Box) sont particulièrement puissantes et addictifs pour le cerveau humain. L’anticipation de recevoir une récompense libère de la dopamine, et pousse le joueur à continuer. C’est le mécanisme utilisé dans les machines à sous classiques. Les concepteurs de jeux vidéo ont intégré ces « ratio et intervalles « variables dans les jeux. Par exemple, les jeux sont programmés pour récompenser le joueur chaque fois qu’il monte d’un niveau, mais au fur et à mesure que le joueur avance dans le jeu, le temps pour compléter chaque niveau augmente !

Les développeurs ont également adopté le ratio de récompense variable où le joueur obtient des récompenses aléatoires et inattendus. Ainsi, au lieu d’avoir des récompenses chaque fois qu’il monte de niveau ou accompli une certaine tâche (prévisible), il obtient ces récompenses qu’à des moments aléatoires.


Streaks et récompenses quotidiennes

De nombreux jeux vidéo offrent également des récompenses pour les connections quotidiennes et les séries (streaks). Par exemple si le joueur se connecte 8 jours de suite il reçoit une récompense tous les jours. Encore un mécanisme qui encourage à passer plus de temps devant l’écran !




Comment le jeu peut-il devenir une dépendance ?


Pourquoi quelques joueurs seulement sont-ils concernés ?


Certains individus sont plus enclins que d'autres à la dépendance, qu'il s'agisse de jeux ou d'autres choses. Les personnes qui s'ennuient facilement, qui ont de problèmes familiaux, qui se sentent exclues à l'école ou qui souffrent des comorbidités (anxiété, dépressions …) sont plus facilement entraînées dans la dépendance aux jeux vidéo, car ils comblent un manque et répondent à des besoins qui ne sont pas satisfaits ailleurs.


Mais faut-il nécessairement être « prédisposé » pour développer une dépendance ? Des études par IRM ont montré que les joueurs assidus présentent des modifications cérébrales associées à une libération accrue de dopamine.


Le centre de récompense du cerveau libère de la dopamine en réponse à une expérience agréable ou à une hyperexcitation. Si une personne éprouve une hyperexcitation en jouant à des jeux vidéo, le cerveau associe cette activité à la dopamine. La personne développe une forte envie de rechercher ce même plaisir, encore et encore.


La dopamine est un puissant neurotransmetteur dans le cerveau. Elle contribue à maintenir l'intérêt et l'attention, ce qui explique pourquoi il peut être difficile de se détacher d'une situation ou d'un comportement. Elle est également auto-renforcée. Le joueur va développer une « tolérance » , c’est-à-dire le besoin de jouer de plus en plus pour obtenir le même niveau de satisfaction.


Bien que le débat fasse rage quant à savoir si la dépendance aux jeux doit être considéré comme une maladie (certains chercheurs sont contre inclusion du trouble du jeu vidéo dans le CIM-11), il est indéniable que certains ont un comportement problématique. La combinaison d'expériences de jeu très attrayantes créées par les concepteurs et la prédisposition de certaines personnes à un comportement de dépendance signifient qu'il s'agit d'un problème réel dont les parents, les enseignants et les proches doivent être conscients.


Comme le tabac, l'alcool ou les drogues, le temps passé devant un écran ou les jeux vidéo peut devenir une dépendance. Voici quelques symptômes possibles :


  1. Avoir des envies intenses de passer du temps sur un écran ou de jouer à des jeux vidéo, et ces envies bloquent toute autre pensée.

  2. Dépenser de l'argent pour des jeux vidéo ou des écrans, même si vous n'en avez pas les moyens.

  3. Réduire les activités sociales ou récréatives en raison de la préférence pour les écrans ou les jeux vidéo.

  4. Continuer à jouer à des jeux vidéo ou à passer du temps devant un écran, même si vous savez que cela cause des problèmes dans votre vie, comme des résultats médiocres à l'école ou au travail, ou l'abandon des responsabilités domestiques

  5. Montrer des signes d'irritabilité, d'anxiété ou de colère lorsqu'on vous oblige à arrêter de jouer, même pour de courtes périodes.

  6. Mentir aux autres sur l'étendue de votre consommation.

  7. Avoir besoin de plus de temps d'écran pour obtenir le même niveau de plaisir.

  8. Négliger son apparence, notamment en se désintéressant de sa toilette ou de ses vêtements.


En conclusion, la conception des jeux vidéo vise à maintenir le joueur devant l’écran le plus longtemps possible – à être « engageants » dans le langage des concepteurs. Même si telle n'est pas l'intention de nombreux concepteurs, leurs perfectionnements et leurs intégrations font qu'il est difficile d'éteindre le jeu vidéo.


L'utilisation excessive et continue des écrans peut entraîner une situation qui nécessitent un traitement comportemental et médical approfondi.


Si vous (ou votre enfant) n’arrivez pas à contrôler votre temps de jeu, si vous avez du mal à vous engager dans d'autres activités en dehors de votre réalité virtuelle, malgré une ou plusieurs tentative d’arrêt, n’hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel.








Sources :

https://gamequitters.com/are-video-games-addictive/

https://www.video-game-addiction.org/what-makes-games-addictive.html

https://www.designer-daily.com/how-are-video-games-designed-to-be-addictive-121884

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